Disputes entre frères et sœurs, comment les résoudre ? – épisode 1

Les conflits entre enfants, c’est usant. Une fois, ça va, deux fois…  et si on voyait les conflits différemment ? Comment accompagner les enfants vers la résolution de leurs conflits ?

J’ai la chance depuis peu d’accompagner une fratrie dans tout ce qu’elle a de complexe et d’instructif… a fortiori en famille recomposée ! La chance, soulignerez vous ? Eh bien oui : plus le défi est de taille, plus on en apprend ! Même si parfois c’est fatigant, c’est vrai. Alors j’en profite pour faire le point sur les outils dont nous disposons pour accompagner les enfants dans leurs inévitables conflits au quotidien. Nous en avons longuement parlé la semaine dernière à la conférence sur les conflits dans la famille, c’est l’occasion de faire le point.

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Pourquoi les enfants se disputent ils si facilement ?

  • ils ne savent pas encore accueillir leurs émotions, et donc prendre du recul sur ce qu’ils vivent (oui, même votre ado de 12 ans a encore du mal et c’est normal).
  • ils sont souvent en compétition pour obtenir de l’attention avec leurs parents, qui est un besoin primordial. A fortiori quand le temps familial est réduit comme peau de chagrin par le temps scolaire et de travail.
  • il se sentent suffisamment en sécurité à la maison pour exprimer leur ressenti, leurs tensions, parfois vécues à l’école ou dans la journée.
  • ils sont en train d’apprendre à gérer les conflits… et comme tout apprentissage, ils expérimentent longuement avant d’être compétents.

Comment pouvons nous les aider  pour retrouver du calme à la maison, pour les aider à gérer leurs conflits plus efficacement ?

L’écoute et l’empathie

Les enfants sont envahis par leurs émotions lorsqu’elles surviennent, a fortiori quand ils sont tout petits. Ils sont incapable de prendre du recul, de rationaliser. Quand je dis incapables, ce n’est pas une questions de manque de volonté, c’est juste que pour le moment, ils n’ont pas encore les circuits neuronaux adaptés. Le cerveau émotionnel, qui provoque les réactions émotionnelles (pleurs, colère…) en cas de danger, d’agression, de surprise, de frustration, est mature à la naissance pour protéger l’enfant. C’est une partie notre cerveau qui est ancienne dans l’évolution, et qui assure notre survie et permet de réagir rapidement en cas de danger ou d’agression. La partie du cerveau qui permet de prendre du recul, de réfléchir, d’analyser, mais aussi de tempérer nos réactions émotionnelles en fonction du contexte, appelée le néo-cortex, se développe très progressivement finit sa maturation à plus de 20 ans. Plus exactement, les neurones sont présents à la naissance mais ne possèdent pas encore de connexions entre eux, et ces connexions se feront en fonction de l’expérience de vie de l’enfant. Cette caractéristique nous permet à nous, humains, d’avoir une grande adaptabilité à notre environnement et d’inventer des solutions nouvelles, d’avoir une grande plasticité dans nos comportements, ce qui a fait notre succès en tant qu’espèce.

Dans cette partie du cerveau, la partie qui gère les émotions s’appelle le Cortex Orbito-Frontal, car elle est située à l’avant du cerveau, sous le front. Cette partie là commence vraiment sa maturation vers 6 ans, c’est la dernière partie qui se développe. Les enfants commencent donc à pouvoir tempérer les réactions émotionnelles vers 5-6 ans seulement. Eh oui, ce n’est pas pour rien que la sagesse populaire l’a appelé « âge de raison ». Et sa maturation se termine … après 20 ans. En dessous de 6 ans, mais encore après bien souvent, ils sont envahis par leurs émotions quand quelquechose de désagréable se produit. Il leur faut du temps pour retrouver un état d’équilibre, et la capacité à réfléchir et négocier avec quelqu’un d’autre. Un enfant sous émotion n’est pas capable d’empathie avec un autre.

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Que se passe-t-il quand une dispute survient avec un autre enfant ? Bien souvent, les deux sont envahis par leurs émotions et sont alors incapables d’entendre l’autre et de négocier une solution ou un compromis. Quand le frère ou la soeur vient démonter la pile de kaplas ou détruire involontairement les constructions de légos, ils ne sont pas encore capables de comprendre que ce n’est pas intentionnel, sur le moment. Ils sont envahis par la colère, et leur colère, physiologiquement, les pousse à agresser l’autre. Avant tout, ils ont besoin d’aide de la part des adultes pour évacuer la tension qui est provoquée par les émotions, pour « décharger », et pour s’apaiser.

Comment faire pour les aider ?

Toute notre empathie est requise pour les aider à mettre des mots sur leur ressenti, pour se sentir compris, et pour redescendre en tension. C’est l’empathie qui permet à l’enfant de se sentir en sécurité, de décharger son émotion, et de retrouver son équilibre. Il a besoin que son vécu intérieur soit accepté et compris. Il est en colère, mais il ne comprend pas ce qu’il se passe en lui. En mettant des mots sur la situation et les émotions, l’adulte agit comme un Cortex Orbito-Frontal externe, qui permet d’apaiser et de trouver une solution. L’empathie favorise aussi le développement du Cortex-Orbito-Frontal de l’enfant, la partie qui tempère les émotions. C’est donc un investissement à long terme.

Le contact peut aussi les apaiser, parfois cela leur permet de pleurer plus facilement en étant dans les bras. Décharger une émotion passe souvent par des manifestations telles que les pleurs, le fait de bouger, de crier, les tremblements (peur…), qui sont la façon naturelle pour le corps de guérir d’une émotion. Il est donc nécessaire d’accepter que les enfants pleurent, par exemple, et ce autant qu’ils en ont besoin. C’est un mécanisme de réparation. Oui je sais, ce n’est pas facile, cela nous exaspère, souvent, cela nous stresse. Eh oui. Mais il est important de voir cela comme quelquechose qui aide notre enfant à réparer la souffrance qu’il a ressentie.

A ce moment là seulement, une fois qu’ils ont été écoutés, et leurs émotions accueillies, les enfants redeviennent capables de raisonner, de réfléchir. Biensûr, il est hors de question de les laisser faire mal à l’autre, par exemple, c’est évident qu’en cas de geste dangereux, il faut intervenir fermement et avec bienveillance pour arrêter les gestes. Simplement, en écoutant ce qu’il se passe pour eux, on leur apprend à décoder les émotions, et à réagir différemment. Un enfant qui sait nommer sa colère pourra la dire à son frère ou sa soeur, et ainsi exprimer son refus plus facilement et sans violence.

Le premier outil pour les parents de fratrie est donc l’écoute et l’empathie : en les aidant à dégonfler leur ballon émotionnel, nous leur permettons de trouver leurs propres solutions à leurs conflits car ils sont à nouveau capables de réflexion, mais aussi d’empathie avec l’autre.

Écouter plusieurs enfants à la fois

Écouter deux enfants sous émotion n’est pas toujours facile, parfois cela demande d’être ingénieux, et au début ils doivent apprendre qu’ils auront leur tour. Souvent, cela demande de séparer les enfants et d’écouter chacun séparément, avant de pouvoir mettre des mots sur le conflit ensemble. Souvent, cela demande d’apprendre d’abord à le faire avec un seul enfant. Il y a aussi des conflits où un seul enfant en a besoin, par exemple si un enfant vient se plaindre de son frère ou de sa soeur. Nous pouvons alors juste écouter son ressenti, ce qu’il se passe pour elle ou lui, mettre des mots sur ce qui est difficile.

Et que faire des mots durs envers l’autre enfant, des « c’est lui qui… »?

Cela demande aussi souvent d’apprendre à traduire les mots durs envers l’autre, en mots qui décrivent ses émotions : « tu es en colère, tu en as marre… ». Tu es en colère car tu as besoin qu’on respecte ton travail ». Car tout jugement et toute critique traduisent toujours une émotion et un besoin qui cherche à être satisfait, ne l’oublions pas. Interdire simplement la critique ne résoudra pas le problème de fond, nos enfants ont besoin d’apprendre à repérer leur vécu intérieur et à exprimer ce qu’ils ressentent pour formuler une demande. En reformulant ce qu’ils ressentent, en nous focalisant sur leur vécu intérieur et non sur les mots employés, nous leur apprenons à exprimer les choses autrement, à mettre les mots juste et ceux qui seront le plus efficaces, en parlant d’eux mêmes.

« C’est lui qui m’a fait mal« . « C’est elle qui a commencé à me prendre mon jouet« . « C’est pas moi, c’est lui« . Parfois leurs mots nous tendent des pièges, celui d’arbitrer. Pourtant, derrière les paroles, nous pouvons décoder à nouveau le ressenti, en se centrant sur l’enfant qui s’exprime et sans impliquer l’autre. « Tu as eu mal et tu es en colère« . « Tu trouves ça injuste, tu jouais tranquillement« . En effet, les enfants sous émotion font souvent une mauvaise interprétation des intentions d’autrui et restent bloqués dessus. En se centrant seulement sur eux, seulement, on évite cet écueil. En écoutant, avec de l’empathie, nous en apprenons souvent bien plus et nous allons au vrai problème. L’empathie, ce n’est pas confirmer que l’autre enfant est un méchant, c’est simplement confirmer que oui, ce n’est pas du tout agréable d’être poussé ou privé subitement de son jouet. L’un se sent entendu et comprend ce qu’il se passe en lui, et l’autre entend ce que cela fait à sa sœur ou son frère. Puis en mettant des mots sur ce que vit l’autre : « tu avais envie de ce jouet qui semble très intéressant dans les mains de ta sœur« . A petite doses d’écoute de chaque coté, chacun sort de l’émotionnel, et entend que l’autre vit des choses dans cette situation, aussi. Petit à petit, on développe sa capacité à identifier ses émotions et celles de l’autre, et à comprendre la source des conflits. C’est la base de l’intelligence émotionnelle et relationnelle.

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Est-ce que cela suffit ? Parfois, oui, les enfants se sentent entendus et passent directement à autre chose (et dans ce cas on se sent comme un magicien qui vient de réussir un miracle, youhou…!). Parfois, cela ne suffit pas en chaque enfant a besoin de faire une demande à l’autre, ou ils ont besoin de trouver une solution pour éviter que ça se reproduise. Comment les aider ensuite à trouver leurs propres solutions et leur apprendre à régler leurs conflits ? Nous reviendrons sur d’autres outils pour apaiser les conflits dans les épisodes 2, 3 et 4.

A tout bientôt ! 🙂

ps : ces outils sont… des outils. Aucun parent n’est toujours à l’écoute (nous ne sommes pas toujours disponibles) ou parvient toujours à régler les conflits de façon satisfaisante. C’est un outil possible pour aborder les conflits différemment. VOUS êtes les experts de vos enfants !

Résoudre les conflits efficacement

Sous-estimons-nous la capacité des enfants à prendre en compte les désirs de leur entourage ?

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Ce matin, mon fils, 7 ans, se réveille en pleine forme et de bonne humeur. C’est samedi, toute une journée pour faire plein  de choses, librement!  Le voilà parti pour jouer, construire des choses, inventer des histoires.

Il y a un petit « mais« : nous avons prévu une sortie cet après midi, avec d’autres enfants et adultes, et un repas avec des amis le soir en dehors de la maison, avec nuit sur place. Aussi, je commence à lui en parler dès le déjeuner.

Et là… patatras ! Mon enthousiasme est très vite douché: « non, je ne veux pas y aller, moi je veux rester jouer ici!« . « C’est toujours toi qui décide,  j’en ai marre!« . Rien à faire… il ne veut rien entendre. Même à mes explications qu’il a le temps de jouer et que nous partirons un peu plus tard. « Je n’irai pas ! ». Il est très en colère, et il me le fait savoir. Je suis très tentée de lui dire : « C’est comme ça et puis c’est tout ! », non mais ! Intérieurement, je me dis qu’il est incapable de tenir compte de moi, que du coup c’est à moi de décider du programme ! Fort heureusement,  c’est le week end, je suis détendue et j’ai un peu de temps devant moi. Il est donc possible de prendre un peu de recul en déjeunant, et de réfléchir à ce qui bloque.

C’est vrai, pourquoi est ce qu’il refuse autant? À première vue, il subit déjà beaucoup de contraintes lors du temps scolaire, il a peu de temps pour faire ce qu’il veut avec les devoirs, le samedi est son premier jour de liberté. C’est aussi le jour où il revient chez moi pour la semaine. Bon. Je comprends bien qu’il soit important pour lui de rester et d’investir son petit nid, de prendre le temps, à son rythme.

D’un autre côté, je lui accorde souvent ce temps à la maison, mais aujourd’hui j’ai envie de voir les personnes qui me sont chères et de passer une bonne soirée. Je réalise que je n’ai pas très envie de passer ce temps à la maison pour cette raison que je tiens beaucoup à mes proches, que j’aime passer du temps avec eux et prendre soin de nos relations.

Mais, au détriment de celle avec mon fils ?

Je me sens un peu coincée, là. II y a conflit apparent entre ses besoins et les miens.

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Comment sortir de cette impasse?  Soit je tranche en ma faveur, soit en la sienne, dans les deux cas l’un de nous sera perdant… et notre relation le sera également car l’un des deux aura du ressentiment envers l’autre. Si je décide de sortir,  il m’en voudra,  la sortie risque de mal se passer, et surtout, plus gênant,  je lui envoie le message : je ne te fais pas confiance pour trouver une solution ensemble qui nous convienne à nous deux. Je le sais parfaitement, c’est une solution que j’adopte souvent dans la course au quotidien, qui ne fonctionne pas très bien, et qui a tendance à faire empirer les choses à long terme (d’ailleurs, il me l’a dit!). Bref, là, j’aimerais mettre autre chose en œuvre.

Je choisis donc un autre outil : la résolution de conflits.

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La résolution de conflits consiste à poser le conflit sur la table et s’écouter l’un l’autre, puis chercher des solutions créatives ensemble. Elle se fait en général en 5 étapes qui sont toutes nécessaires.

1. Décrire le conflit et prendre le temps de discuter au calme
Une fois qu’il s’est calmé, je lui propose donc de s’asseoir avec moi et je lui décris le problème. Je lui dis que j’aimerais que nous en discutions pour trouver une solution qui convienne à chacun de nous.

Parfois, mon fils ne veut pas (ce n’était pas le cas cette fois), dans ce cas soit l’on peut reporter, si ce n’est pas urgent, par exemple si les enfants sont en plein jeu. Soit il est nécessaire d’affirmer son besoin de trouver une solution : « Pour moi c’est très important que nous trouvions ensemble cette solution, car cette situation me met en colère et ne me convient pas du tout ». Il m’est aussi arrivé de dire face à un refus répété que s’il ne souhaitait pas en discuter, que je serais contrainte de prendre des décisions toute seule pour résoudre ce problème. Avec l’habitude cependant, les objections diminuent car les enfants voient l’intérêt du processus.

2. Écouter les sentiments de l’enfant.
Je commence par lui dire que je vois qu’il a beaucoup de plaisir à jouer librement,  sans être pressé par le temps. En faisant cela, j’essaie de me connecter à son plaisir d’être juste là au moment présent,  dans son jeu, dans son univers. C’est vrai que c’est vraiment agréable d’être pris dans une activité qu’on aime, sans interruption. Je conclus en lui disant que du coup, il n’a pas du tout envie de sortir ni de voir du monde, ce à quoi il acquiesce. Je continue à lui parler de ce qu’il vit et de son besoin d’être tranquillement chez lui sans être dérangé. L’ idée ici, c’est que l’enfant se sente vraiment compris dans ses besoins et ses sentiments.

Attention cette étape est indispensable – c’est même une des clés essentielles – et la pratique de l’écoute active des émotions et de l’empathie est nécessaire, faute de quoi les solutions proposées risquent de ne pas fonctionner.

3. Parler de ses sentiments et besoins à soi.
Là il s’agit de faire bref et de parler de soi (et d’éviter les « il faut », « pas le choix », etc, le « mais » également). « En même temps (car les deux sont présents), j’ai vraiment besoin de sortir de la maison de mon coté et de voir nos proches, c’est très important pour moi. ». N’ayons pas peur de nous affirmer, c’est important que nos enfants comprennent que nous avons des besoins également. Pas si simple, n’est-ce pas, de parler en « je » de ses émotions et besoins !

4. Lister toutes les solutions sans les évaluer
Biensûr,  il redit: « oui mais moi je ne veux pas partir ». Un peu moins fort qu’au début 🙂 Il s’est déjà apaisé parce qu’il s’est senti entendu. Je lui explique que nous allons lister sur une feuille toutes les solutions possibles sans choisir pour le moment.

Je prends une feuille blanche et j’écris donc : ne pas sortir et rester à la maison. Et je lui demande s’il a d’autres propositions. Puis je propose la mienne de départ : sortir cet après midi et ce soir, en dormant sur place. Il fait la moue, mais je lui rappelle qu’on écrit toutes les solutions. C’est le jeu. Puis j’en propose d’autres, et lui aussi. Jouer à la maison une heure puis sortir. Sortir cet après midi mais pas ce soir. Y aller ce soir mais rentrer après. Faire une autre sortie tous les deux seulement. Nous réfléchissons tous les deux et faisons travailler nos neurones. Régulièrement, je lui explique aussi les contraintes horaires qu’il ne maitrise pas bien (par exemple, si nous partons trop tard, nous ne pourrons pas aller dehors, il fera nuit).

Au final nous trouverons ensemble une quinzaine de solutions créatives !

5. Choisir les solutions acceptables pour les deux.

Je lui demande lesquelles sont inacceptables pour lui, et je les barre. J’en barre également de mon coté. Je relis la liste restante. Il y a plusieurs solutions possibles.

Et là…. et là…. il réfléchit quelques secondes et me dit : « Bon, si je peux jouer un petit moment maintenant, je veux bien qu’on y aille cet après midi et manger là bas ce soir avec tes amis. Par contre je voudrais rentrer dormir à la maison ».

#dansedelajoie !

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Hasard? Magie ? Outil très efficace ! Voilà, comment la résolution de conflits permet de résoudre ce type de problème : il s’est senti entendu et a été rassuré sur le fait que je tiens compte de ses besoins. Il a mieux appréhendé les contraintes temporelles en discutant du programme possible. Je suis prête aussi à lâcher le fait de dormir sur place parce que je me sens entendue aussi (et au final, après la soirée, et avec son accord nous sommes restés dormir car il a bien vu que nous étions trop fatigués pour le trajet, mais j’étais prête à rentrer pour respecter notre accord, s’il m’avait dit non). Bref, nous avons trouvé un vrai compromis où chacun s’est senti respecté et entendu. Et c’est loin d’être la seule fois que ma famille a expérimenté cela, avec satisfaction.

Ce que l’enfant apprend dans ce type de résolution :

  • que ses besoins ont de l’importance
  • que ceux de son entourage aussi
  • que nous ne sommes pas obligés de lutter l’un contre l’autre, mais nous pouvons œuvrer ensemble à résoudre les problèmes
  • que les conflits sont une source de meilleure connaissance de l’autre
  • qu’il peut être actif pour favoriser le bien être de tous
  • que les besoins ne sont pas forcément en compétition, mais qu’en mettant en commun notre créativité, nous pouvons satisfaire les besoins de tout le monde
  • qu’écouter les autres est primordial

Vous trouvez cela long? Essayez-le donc pour des conflits récurrents, cela fait gagner beaucoup de temps. Je viendrai peut être vous raconter ma dernière utilisation sur un conflit qui dure depuis des lustres.

Et si l’enfant ne respecte pas ses engagements? En général, il y a beaucoup plus de chance qu’un enfant respecte un accord quand il l’a trouvé avec ses parents et a été proactif dans la recherche de solution. Je l’ai moi même testé avec des ados de quartier difficile en collège. Mais ne me croyez pas sur parole ! Parfois, les enfants surestiment leurs capacités et s’engagent dans des choses trop difficiles pour eux. On peut leur rappeler le compromis trouvé, et si ça ne fonctionne pas, c’est qu’il est nécessaire de reprendre la résolution de conflit en tenant compte de ce qu’il se passe, en explorant leur ressenti et en essayant d’autres solutions plus abordables pour l’enfant.

Avez-vous déjà essayé ? N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaires !

Pour aller plus loin

  • Une nouvelle autorité sans fessée ni punition, Catherine Dumonteil -Kremer
  • Poser des limites à son enfant et le respecter, Catherine Dumonteil -Kremer
  • Écouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants écoutent, Faber & Mazlish
  • Parents efficaces, Thomas Gordon
  • une-nouvelle-autorite-sans-punition-ni-feee

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Mon enfant ne mange pas….

Aujourd’hui je voudrais aborder un sujet très délicat : l’alimentation

Manger, c’est un geste banal, quotidien, à tel point que nous oublions presque à quel point c’est nécessaire pour bien fonctionner. Et pourtant, c’est quelquechose qui s’apprend très progressivement chez les enfants : d’abord le lait, puis quelques aliments, des textures nouvelles, avec les doigts, puis plus tard manger avec des couverts, découvrir plein de saveurs… pour se finir à l’adolescence et l’âge adulte (en général) avec le fait d’apprendre à cuisiner pour soi même et les autres.

Pourquoi mangeons nous tel ou tel aliment, et pas un autre, dans cet ordre là ?

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L’alimentation, question de culture et de mode

Dans notre pays, nous faisons trois repas, dont l’un vers midi et l’autre vers 19h le soir. Nous mangeons d’abord une entrée (salée) puis un plat avec féculents, légumes cuits et protéines en général, puis fromage, puis un dessert lacté ou de fruits.
Avez vous déjà voyagé? On mange bien différemment ailleurs. J’ai fait une drôle de tête le jour où on m’a servi un vrai repas à 17h30 en Suède. Et ne parlons pas des variations de petits déjeuners (salés à bien des endroits), d’aliments (criquet? vers de terre? 🙂 ), etc. Eh oui, l’alimentation, c’est super culturel. Au départ, on peut imaginer que cela venait des aliments qui poussaient sur place qui ont créé des variations dans l’alimentation humaine. Mais aujourd’hui, est-ce bien si relié au climat? Par ailleurs, je ne mange pas comme ma grand mère il y a cinquante ans : les recommandations nutritionnelles varient au cours des années, certains aliments deviennent des stars (l’huile d’olive par exemple, quasi inconnue dans ma région dans les années 50′), les menus subissent un vrai phénomène de mode (je suis fan des sushis par exemple, je n’en avais jamais mangé il y a 10 ans), et la disponibilité des aliments a beaucoup augmenté aussi: impossible de manger des fraise à Noël auparavant, et encore moins de hamburgers. L’alimentation, c’est donc surtout un phénomène culturel, soumis à la mode.

L’alimentation est un besoin physiologique

Pourtant, à la base, manger est avant tout un besoin physiologique. Mon corps a besoin d’énergie pour fonctionner, d’éléments de base (les acides aminés par exemple), de vitamines, de fibres….

Notre corps est une merveilleuse machine qui sait aller chercher les éléments nécessaires à sa construction. Il faut imagine qu’il y a 100 000 ans, votre médecin ne vous faisait pas de recommandation nutritionnelle. Les individus dont le corps trouvait un moyen pour indiquer ses besoins alimentaire survivaient donc mieux et l’évolution a donc sélectionné un système suffisamment efficace pour nous inciter à manger ce dont nous avons besoin.

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Oui, mais moi j’ai toujours envie de chocolat !

Ben oui, moi aussi 🙂 Alors peut être ai-je besoin de magnésium.. et peut être que non. Notre culture façonne tellement nos goûts, et nombre d’entre nous ont aussi appris à utiliser les aliments pour gérer leurs émotions (quand ce n’est pas parce que nous posons un interdit dessus tout simplement), que nous ne sommes plus tellement connectés à nos vrais besoins alimentaires en tant qu’adultes. Notre éducation nous a souvent désappris à écouter notre ventre : il fallait manger ce que les adultes avaient décidé (même si notre corps le rejetait), finir notre assiette même si nous n’avions plus faim… au risque de dérégler notre rapport à l’alimentation. Les spécialistes des problèmes alimentaires le savent aujourd’hui: forcer un enfant à manger est contre-productif.

Les enfants, eux, naissent avec un rapport aux aliments très lié à leurs besoins alimentaires : vous remarquerez que bien souvent, ils font des monodiètes d’un aliment, puis passent à un autre. Ils n’ont pas forcément de gouts fixes. Car cela dépend de leurs besoins, et ils vont naturellement vers les aliments les plus appropriés pour eux. Nous voudrions qu’ils mangent tant de légumes, de viande, de fruits, de yaourt, par jour…. mais leur appétit ne fonctionne pas comme cela.

Entre 4 et 7-8 ans, afin de les protéger, l’évolution les a doté d’un mécanisme puissant : la néophobie alimentaire. Ils n’ingèrent que ce qu’ils connaissent très bien, et refusent  la nouveauté. Afin d’éviter qu’ils aillent ingérer des baies ou aliments toxiques en vadrouillant seuls en dehors du regard de leurs parents, dans la nature. C’est ainsi que la plupart des enfants préfèrerons leurs pâtes et leur steak, à tout nouveau plat, aussi bon fut-il. Et qu’ils sont circonspects face à tout ce qui est vert :  cela évite qu’ils aillent grignoter des feuilles toxiques. Rassurons nous, il y a bien d’autres sources de bons nutriments que dans les épinards !

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Mon enfant ne mange pas !

Nous arrivons au coeur du sujet… Je vous entends me dire : oui mais mon enfant ne mange rien si je ne le pousse pas ! Ou bien, il ne mangerait que des gâteaux.

Oh que c’est dur de voir son enfant manger peu nos bons petits plats faits avec amour, ou refuser les aliment qu’on lui propose… On est déçu que nos plats ne plaisent pas…. Ça nous fait nous sentir mauvais parents, parfois. On se sent démuni, c’est angoissant de penser que notre enfant pourrait ne pas grandir correctement. C’est souvent source d’angoisses importantes, en particulier avec les tout petits. La peur nous pousse à les inciter à manger, en particulier les légumes et tout aliment que nous jugeons indispensable.

D’un autre coté,  que vit l’enfant dans cette situation, lorsqu’il est forcé ou poussé à manger ? Il reçoit le message implicite : tu n’es pas capable de t’alimenter par toi même, je ne peux pas te laisser la responsabilité de manger à ta guise. Il reçoit le message : ne te préoccupe pas de manger, puisque je le fais à  ta place. Il reçoit le message : ne fais pas confiance à tes sensations, je sais mieux ce qui est bon pour toi. Parfois, c’est sa façon d’exprimer que quelquechose ne va pas. Bienvenue dans la lutte de pouvoir. Celle où tout le monde est perdant.

D’après mon expérience d’accompagnante parentale, il y a une seule solution efficace dans ce cas là (en dehors de toute pathologie, à vérifier avec votre médecin): lâcher complètement prise et laisser l’enfant s’alimenter en fonction de ses besoins. Au début, il y a de fortes chances pour que rien ne change. Le temps que l’enfant vérifie que c’est bien lui désormais qui va être en charge de manger selon sa faim. Et éventuellement qu’il renoue avec ses sensations alimentaires.  Avec le temps, néanmoins, si on se préoccupe juste de fournir une alimentation de qualité et suffisamment diversifiée, sans regarder comment il y touche ni comment il finit, il y a fort à parier pour qu’il retrouve le gout de manger. Peut être pas tous les aliments que vous souhaiteriez qu’il mange, mais ceux dont il a besoin. Oui oui j’ai bien dit : sans prêter attention à ce qui est mangé, sans regarder son assiette une fois servie. Pas simple, n’est-ce pas?

Souvent, tout simplement, c’est juste nous qui surestimons les besoins alimentaires de nos enfants, qui dépendent plus de leur croissance que de leur âge ou de leur taille. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à consulter le livre Mon enfant de mange pas, de C. Gonzalez.

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Et si nous laissions nos enfants plus libres dans leur alimentation  ?

Pour les parents de tout-petits, une option intéressante est de laisser l’enfant s’alimenter lui même. Cela nous apprend en tant que parent à observer ses gouts, et à lui faire confiance.Cela porte un nom : la diversification menée par l’enfant (DME).

Quand on observe un enfant alimenté en DME, on se rend vite compte que l’ordre des aliments choisi n’est pas du tout le notre : il peut très bien manger du sucré en premier, puis du fromage, puis du poisson. L’ordre des aliments est purement culturel et n’est pas vraiment adapté: par exemple, manger des fruits en fin de repas produit de la fermentation dans le ventre, ce qui le fait gonfler ou peut donner des maux de ventre. Les nutritionnistes recommandent plutôt de les manger en début ou en dehors des repas… alors, pourquoi ne pas laisser nos enfants manger dans l’ordre qu’ils souhaitent ?

Vous vous dites peut être : si je fais cela, mon enfant mangera beaucoup de yaourt sucré et pas de légumes. C’est ce que je me disais aussi avant de l’expérimenter. Ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’à force de percevoir le dessert comme une récompense, mon enfant en avait très envie… comme tout ce qui est interdit ou limité en quantité. C’est ma propre attitude vis à vis des aliments sucrés qui en avait fait un objet de convoitise ! Quand cela n’existe plus, les enfants se limitent assez bien seuls vis à vis des sucreries. Et rappelons nous que notre rôle est aussi de leur présenter les aliments qui sont sains pour eux. Le sucre induit une certaine addiction chez certaines personnes, aussi il peut être simplement plus facile de supprimer les aliments trop sucrés de la table et des placards.

Vous vous dites peut être : il n’apprendra pas les codes sociaux. Il y a fort à parier que votre enfant mangera un jour à la cantine, ou avec d’autres personnes.Et comme les enfants apprennent beaucoup par imitation, l’ordre dans lequel vous mangez vous même finira par lui paraitre normal, ou il apprendra en observant les autres. Tous les enfants qui apprennent à manger avec les doigts, finissent tous par vouloir manger avec une fourchette… pour faire comme leurs parents.

De même, nos horaires de repas ne sont souvent pas adaptés aux tout petits : Dolto disait qu’un tout petit devrait manger toutes les deux heures… et je vous ai déjà parlé des conséquences sur leur comportement dans cet article.

Il joue avec la nourriture !

Parfois ce qui nous gêne, c’est que notre enfant fait tout autre chose que manger avec la nourriture. Quelle source d’exploration que la nourriture :  des textures, des couleurs, des odeurs, des gouts différents. Quel plaisir que de découvrir cela avec tous les sens, y compris les mains! Nos petits explorateurs ont besoin de pouvoir toucher la nourriture avant de la gouter, cela développe leur sens du toucher. C’est tout une expérience que de plonger les mains dans la purée, des sensations, du chaud, du froid…. avez vous déjà fait l’expérience de gouter un plat comme si vous ne l’aviez jamais mangé, en portant attention à tous vos sens ? En prenant un aliment d’abord dans les doigts avant de le porter à votre bouche, de le humer, de l’observer sous tous ses angles, des formes, sa texture, ses couleurs ?

Et si vous aussi vous jouiez un peu avec la nourriture, pour retrouver le plaisir des sensations que cela procure ?

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Et les limites dans tout ça ?

Votre enfant n’a pas besoin de limites. Ce dont il a besoin c’est d’apprendre que les autres ont des limites, et à les respecter. Les limites, ce sont les vôtres, ou celles de votre entourage. Par exemple, certains parents acceptent facilement que leur jeune enfant fasse tomber de la nourriture au sol en apprenant à manger, d’autres non car c’est trop contraignant. Il n’y a pas de bonne réponse. Il est important de respecter ses propres limites et de le faire savoir à son enfant, quand quelquechose est inacceptable pour nous. Ce dont ont besoin nos enfants, c’est que nous soyions clairs sur nos limites et que nous les fassions respecter, tout en étant à l’écoute de leurs besoins à eux.

La question que je me pose souvent est celle ci : quelle conséquence cela a-t-il sur moi, concrètement, et quel besoin cela m’empêche-t-il de satisfaire? Si la conséquence est inacceptable, alors il est important que je respecte mon besoin. Je me pose souvent la question : « Comment respecter mes limites ET satisfaire le besoin de mon enfant? ». Cela permet d’être créatif, et répondre au besoin de mon enfant d’une autre façon sera vraiment plus efficace. Par exemple, si mon enfant mange uniquement les tomates dans une salade composée… peut être cela me dérange-t-il parce qu’il ne laisse pas de tomates aux autres. Dans ce cas, je peux trouver une solution, peut être que la prochaine fois je donnerai les aliments non mélangés à mon enfant, afin qu’il puisse manger ce qui lui fait envie tout en préservant le mélange pour les invités. Ou peut être tout simplement que je lui dirai non, ou je le laisserai manger les tomates dans sa portion, mais sans manger les tomates des autres. Peut être que je peux aller chercher une tomate supplémentaire dans le frigo pour la lui donner.

Parfois, il n’y a pas de conséquence, et c’est juste « parce que c’est comme ça ». On mange le plat tel qu’il se présente, on ne trie pas. On ne gaspille pas. Une bonne façon de débusquer les règles qui n’ont pas forcément de sens, juste celui de ne pas remettre en cause notre propre éducation.

« Mange tes haricots !  » (spéciale dédicace à mon papa et ma môman 😉 )

😉 Bon appétit !

PS : et vous, quelles sont vos astuces ?

 

Pourquoi les enfants font ils souvent des crises à 18h ?

Ce midi, je rentrais d’un atelier avec des professionnelles de crèches où nous avons parlé d’écoute des enfants et de leurs besoins… notamment le besoin de manger. En structure, le moment du repas est souvent un moment de plaisir, où les papilles entrent en actions, les enfants s’autonomisent, la couleur est au rendez-vous… les professionnelles innovent de plus en plus pour permettre aux enfants de s’alimenter en respectant leurs besoins. Nous avons abordé le fait que, bien souvent, les enfants connaissent plus de crises et de moments difficiles (conflits, disputes…) juste avant les repas…

Non ? Chez vous, non ? Ca ne se passe pas comme ça ? A 11h50, ou à 18h30 ? Des heures parfois difficiles, n’est-ce pas ?

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Eh bien mon petit garçon avait justement décidé de me mettre au banc d’essai juste en rentrant !

Pendant que je préparais à manger, il s’adonnait à son activité préférée : bricoler. Il adore ça, il construit souvent des choses en bois, il cloue, il visse… Il était en train d’imaginer transformer le petit charriot en bois que nous avons construit ensemble, afin de pouvoir l’utiliser pour transporter des choses plus grosses. Problème : nous n’avions pas les pièces de bois adaptées à la maison. Je le vois donc débarquer dans la cuisine, me demandant de scier une pièce dans toute sa longueur, chose impossible et dangereuse avec le matériel dont je dispose (seulement une scie pour tout dire ! Je suis une bricoleuse du dimanche !). Je refuse, par manque de temps et aussi parce que je sais que c’est voué à l’échec, en lui expliquant pourquoi. Première crise de larmes…. « Mais si ! Tu dois le faire ! ». J’écoute sa frustration, je mets des mots dessus … Nouveaux cris, pleurs… pendant un petit moment, il essaie de me forcer à faire ce que je n’ai pas du tout envie, il tempête. J’essaie de lui proposer d’autres solutions, comme aller acheter les pièces adaptées plus tard. Peine perdue ! Il commence à partir en vrille, il finit par jeter des choses dans la pièce par colère.

D’un seul coup, je prends un peu de recul… il est 12h20, il n’a pas encore mangé… et qu’est-ce que je disais déjà ce matin ?

Je l’ai donc vivement invité à venir manger illico presto (vive les carottes en bâtonnets et les morceaux de pommes), et …. En 3 minutes, le calme est revenu immédiatement, et j’ai retrouvé mon petit garçon dans son état normal, et le repas s’est passé dans une très bonne ambiance. Et surtout, il n’a plus parlé du tout de ce projet de bricolage après !

Que s’est-il passé ?

Le fait d’avoir faim a probablement mis son cerveau en état de stress, qui l’a rendu incapable de gérer une petite frustration. Et après, ça s’emballe et ça tourne dans le vide. Quand notre corps est en stress, nous affrontons beaucoup plus difficilement les petits stress de la vie quotidienne qu’en temps normal. Et comme le disait une participante ce matin… cela existe aussi chez les adultes ! Alors, chez un enfant, inutile d’attendre qu’il puisse se gérer tout seul en cas de faim intense.

Les besoins physiologiques, nous y faisons attention quand nos enfants sont petits…. Et après nous avons tendance à considérer qu’ils sont grands, et qu’ils peuvent bien attendre l’heure du repas. Ou de la récré. C’est vrai, c’est important de manger tous ensemble, c’est un moment agréable, de partage. Parfois, le repas se passe malgré tout mal parce que les enfants ont trop attendu, ils ont faim, ils dérapent, nous sommes énervés du coup (nous avons faim nous aussi !), cela génère des conflits…

Qui déteignent sur toute la famille.

On peut voir chaque personne comme possédant un réservoir affectif à l’intérieur d’elle même : satisfaire nos besoins remplit notre réservoir affectif, et nous permet de mieux gérer n’importe quelle frustration ou petit désagrément. Par contre, quand nos besoins ne sont pas satisfaits, notre réservoir se vide... et là, c’est beaucoup plus difficile d’encaisser la moindre chose désagréable. Et attention : on parle ici bien de besoins (et non de désirs), les besoins doivent être satisfaits pour que nous fonctionnions bien. Vouloir manger une barre de chocolat est une stratégie pour remplir un besoin, pas un besoin en soi. Il existe de nombreuses stratégies pour un même besoin.

Le plus simple est bien souvent de combler les besoins physiologiques des enfants au moment où ils se présentent. En matière d’alimentation, cela consiste à donner aux enfants à manger quand ils ont faim. Et cela ne veut pas dire forcément des gâteaux ou des barres chocolatées : des aliments sains font très bien l’affaire. Et pourquoi s’inquiéter s’ils mangent peu après au repas, s’ils ont déjà mangé un légume cru, un fruit, une compote sans sucre ajouté, des oléagineux …? Ils auront eu leur quota de vitamines, de nutriments.

À vous de donner les aliments qui vous semblent adaptés à leur santé, selon vos habitudes alimentaires. Par ailleurs, des enfants habitués à manger à leur faim et selon leurs sensations et envies alimentaires mangent la plupart du temps leur plat de viande ou de poisson, s’ils en ressentent le besoin physiologique, même s’ils ont déjà mangé un fruit. Parfois, c’est vrai, ils n’en mangeront pas, tout simplement parce qu’ils n’en ont pas besoin  aujourd’hui. Cela change de jour en jour, les enfants font souvent des monodiètes pendant quelques temps, puis changent. Le corps est une machine merveilleuse qui nous oriente naturellement vers les aliments dont il a besoin pour se construire. Nous pouvons faire confiance aux enfants, ils sentent très bien leurs besoins alimentaires. Lorsque ce n’est pas le cas c’est souvent qu’un conflit récurrent existe autour de l’alimentation.

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De nombreux parents mettent à disposition en permanence ou dans les moments critiques des morceaux de fruits, de crudités, des amandes, des noix, des noisettes (s’il n’y a pas de petits biensûr) en accès libre sur des tables basses par exemple. Les enfants viennent se servir quand ils en ressentent le besoin, ils apprennent ainsi à sentir et respecter leurs besoins alimentaires, qui ne sont finalement que des demandes du corps pour pouvoir bien se construire. Françoise Dolto disait qu’un petit enfant de 3 ans devrait manger toutes les 2 heures… quel décalage avec nos habitudes et notre culture alimentaires !

Vous allez m’accuser d’encourager le grignotage et l’obésité (si si, je vous vois venir). Et je vous répondrai que les spécialistes du surpoids alimentaire savent très bien que les personnes se suralimentent souvent car elles ne sentent plus très bien si elles ont faim ou juste envie de manger (pour d’autres raisons, émotionnelles bien souvent), et surtout elles ne savent plus sentir si elles sont à satiété. Tout l’enjeu est alors de renouer contact avec ses sensations corporelles autour de la faim. Chose que les enfants possèdent tout naturellement à leur arrivée sur Terre… ! Naturellement, les enfants s’arrêtent quand ils n’ont plus besoin de manger. À conditions que les aliments à disposition ne soient pas addictifs (chips, aliments fort sucrés ou riches en farine blanche, aliments contenant des additifs). Et qu’on les ait laissé s’arrêter de manger lorsqu’ils n’ont plus faim, même si leur biberon ou assiette n’est pas vide, afin qu’ils sachent reconnaître leurs sensations de satiété.

D’autres parents trouvent sinon avantage à avancer l’heure du repas (dans de nombreux autres pays, on mange le soir à 18h voire 17h30), et à passer par exemple le temps du bain / de devoirs après le repas, pour éviter que cela soit un moment tendu. Les enfants sont beaucoup plus disponibles pour les apprentissages, s’ils ont pu satisfaire leurs besoins au préalable : manger, boire, jouer, avoir du contact et de l’attention, pour n’en citer que quelques-uns.

Quand votre enfant semble partir en dérapage incontrôlé, en crise, la première question que vous pouvez vous poser est donc : ses besoins physiologiques sont-ils suffisamment satisfaits ? Comment puis-je l’aider à prendre soin de ses besoins ? A-t-il besoin de dormir, de boire, d’enlever un pull, de manger ?

Et vous, comment se passent les soirée et les repas chez vous ?

PS : les besoins physiologiques, alimentaires, ou la gestion des crises, c’est une problématique sur laquelle je vous accompagne depuis 10 ans.

  • Si vous souhaitez échanger sur ce sujet,  dans une démarche d’éducation bienveillante, avoir accès à des contenus gratuits (articles, vidéos) toutes les semaines, et être entourée de mère motivées pour être à la fois bienveillantes avec leurs enfants et construire une vis satisfaisantes pour elles :

(attention il y a 3 questions d’entrée obligatoires)

  • Vous avez besoin d’un accompagnement personnalisé pour mettre en place des routines qui soutiennent votre vie de famille, pour créer votre vie de femme et de famille sur mesure ?

Prendre soin de soi en tant que parent

Parents fatigués, difficultés avec les enfants ou les ados, maison en pagaille…

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Souvent, conseil des copines : prends du temps pour toi, sors un peu, souffle !

Mais de quoi avons nous vraiment besoin quand nous venons dire « je ne sais plus comment faire? » et que nous avons l’impression d’être en lutte contre nos enfants pour prendre soin de nous ?

{Petit aparté : déjà, arriver à le dire, c’est super dur, dans notre société où il faut être un parent parfait. Donc franchement, chapeau ! …}

Quand rien ne va plus, comme comme pour le masque à oxygène dans l’avion : la priorité c’est de remplir son propre réservoir affectif, en tant que parent. Parce que sans réservoir affectif plein, nous ne trouverons pas les solutions à long terme pour faire évoluer la situation, et nous ne pourrons pas aider nos enfants. Avec un réservoir affectif vide, notre cerveau fonctionne alors comme une voiture qui essaierait de rouler sans essence: nous tombons en panne. Nous fonctionnons avec certains carburants : il y a l’alimentation, biensûr, le sommeil, etc. Et nous avons aussi besoin d’un carburant tout spécial : nous sentir aimés et compris.

Remplir son réservoir affectif, c’est la copine ou le compagnon / la compagne qui vous écoute vous épancher, qui accepte vos larmes sans juger ni conseiller … c’est les amis ou la famille qui vous accueillent, trouvent du temps pour vous…  Ca peut aussi être la copine qui vous dit : tu sais, moi aussi, c’est trop dur pour moi. On se sent moins seul, et moins horrible, c’est déjà ça. C’est le groupe de parents dans lequel il y a de l’écoute…  c’est le thérapeute ou le coach qui vous accueille sans jugement, éventuellement, si besoin. C’est pouvoir être soi avec ses difficultés, et se sentir relié à quelqu’un. C’est mettre des mots sur ce qu’il se passe, sans jugement, sans conseil. 

Oui à la sortie, mais avec des copains ou copines qui vont prendre du temps POUR VOUS, pour vous ECOUTER. Au calme. Au café, au hammam, dans un café ou un restaurant calme, à la piscine, dans la nature, chez des amis …

Il arrive que nous en venions à détester nos enfants. Oui. A avoir envie qu’ils disparaissent. Ou de les jeter par la fenêtre. Ne me regardez pas comme ça, que celui qui n’y a jamais pensé me jette la première pierre… petite pensée à Stéphanie Allenou qui a écrit un excellent livre à ce sujet, sur le burn-out maternel : « Mère épuisée… ». Si vous vous sentez dans cette situation, je vous invite à aller lire ce livre.

Alors biensûr, il y a plein de choses susceptibles de remplir notre réservoir affectif, en plus d’être écouté de façon empathique. Mais souvent, c’est LE besoin numéro 1.En prendre soin est un premier pas pour sortir du cercle vicieux de l’épuisement.

Remplir notre réservoir affectif dans la vie quotidienne

Pour le reste, une fois qu’on a trouvé de l’écoute, notre réservoir affectif dépend de nos besoins. C’est très personnel, et ce qui me régénère vous fatigue peut être… à vous de lister ce qui vous donne de l’énergie

Respirer. Aller faire un tour dehors. Téléphoner. Voir une amie. Aller dans la nature. Manger du chocolat. Faire un câlin. Prendre un bain. Écouter de la musique. Manger une madeleine. Caresser son chat. Aller sur facebook. Trouver refuge aux toilettes. Danser comme un fou. Chanter à tue tête. Sortir voir d’autres parents. Lire un livre.

Bref… tout ces petites choses qui peuvent nous mettre du baume au coeur, nous donner un peu de répit, nous permettent de nous retrouver et nous font un shoot d’ocytocine pour les heures à suivre. C’est évidemment plus facile si on arrive à trouver du relais pour avoir des moments de temps pour soi, et de l’aide concrète auprès de son entourage, si besoin.

Parfois, le plus dur c’est d’OSER demander.

N’est-ce pas ?

Le jeu, partenaire privilégié pour évacuer les tensions

On peut prendre soin de soi en dehors de ses enfants. C’est souvent nécessaire. Mais il est aussi intéressant de prendre soin de soi avec ses enfants. Parce que réparer la relation, cela aide à ce que cela se passe mieux.

Avec les enfants ou les ados, jouer juste pour le plaisir peut être un excellent moyen de dénouer des tensions. N’avez vous jamais chaussé un nez de clown? Ca rend les choses beaucoup plus drôles ! Le plus dur, c’est nos propres barrières (peur du ridicule, pas le coeur à ça, jugements sur le jeu, etc). Avec les plus grands, les jeux de société font des merveilles ! Rire ensemble est un excellent moyen de remplis son réservoir affectif.

Les jeux de chahut peuvent aussi être un excellent moyen, à condition d’être bien soi et de fixer des règles précises (voir le livre « jouons autrement » de Catherine Dumonteil-Kremer). Le karaté-chaussette, toutes les comptines avec massage, sont souvent un bon moment, avec les plus petits. En plus de procurer du contact et de l’attachement, ils permettent de rire. Rire avec ses ados est un bon moyen de favoriser un lien soutenant en période difficile !

Est-ce que ça résoud tous les problèmes?

Biensûr, non ! Car souvent, des ajustements sont nécessaires, et comprendre ce qu’il se passe pour les enfants et quels besoins ils cherchent à satisfaire est indispensable. Mais cela permet d’avoir plus de ressource pour aller chercher de nouvelles solutions. Combien de parents sont venus chercher du soutien et sont repartis avec des conseils – parfois venant de professionnels – qui les ont rassurés sur le moment, mais se sont avérés inapplicables dans leur foyer. Parce que poser ses limites quand on est à bout relève plus du rodéo que de l’éducation. On apprend bien mieux de son expérience quand on est disponible. C’est d’ailleurs pour cela que dans mes accompagnements, l’écoute arrive toujours en premier, pour faire le point sur vos besoins à vous.

Par ailleurs, il arrive que l’épuisement résulte d’épreuves que nous traversons en dehors de la famille (deuil, séparation, perte d’emploi, conflit, déménagement…), qui mettent tout le monde à cran… nous n’avons plus l’énergie pour nos enfants, et ceux ci ressentent notre indisponibilité, ce qui les met en insécurité et peut augmenter les comportements qui nous épuisent. Il arrive aussi que nous vivions quelquechose de difficile mais que nous ne le ressentions pas, et que nos enfant se mettent au service de nos besoins émotionnels. Mais ça, nous en reparlerons plus tard, même si prendre soin de remplir son réservoir affectif est tout aussi approprié !

Tu veux aller plus loin, apprendre à vivre ton énergie, tu es prête à oser et franchir le pas de vivre une vie en harmonie avec tes désirs et valeurs  ? 

Je me fais accompagner !

Autres articles sur le même sujet :

Comment faire pour qu’il fasse ce que je lui dis de façon bienveillante ?

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Parfois en tant que maman je ressens une grande lassitude….
Devoir répéter toujours la même chose….
Devoir me battre pour que mon fils se brosse les dents, mette ses chaussures, mette ses chaussons (j’ai un voisin de dessous qui a manifestement une hypersensibilité aux bruits de talon sur le sol), ranger ses jouets, qu’il aille dormir, qu’il dorme …. fatigant !

Alors l’envie est très grande d’utiliser les outils de communication que je connais avec uniquement l’objectif qu’il fasse enfin ce que je lui demande. Disons le, au fond, j’aurais envie qu’il obéisse, même si je déteste ce mot (attention, ça me coûte de le révéler ici !)
C’est d’ailleurs à peu près tous les jours que je tombe dans cet écueil en ce moment 🙂

Oui et me dites-vous, où est le problème ?

Le problème c’est que ça n’est pas bienveillant    ….     non, je rigole ! 😉 cf mon précédent article

Non, le problème, c’est 1. c’est épuisant, 2., ça n’est pas efficace et 3. ça altère le lien avec mon fils puisque moi je suis en rogne contre lui, et lui il en a marre que je veuille lui dire ce qu’il a à faire, sans que je tienne compte de lui.  Et petit à petit, disons le clairement, ça pourrit l’ambiance dans la maison. Et mon estime de moi en tant que maman, au passage aussi.

Aller, aujourd’hui je vous emmène faire un petit tour au pays de Gigi la Girafe
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Vous connaissez ces petits livres sur l’éducation Non Violente? (dommage qu’ils ne soient pas plus connus, on peut les trouver ici et ici). Mon fils les adore et me demande inlassablement de lui lire et relire…. Un petit tour par-ci, un petit tour par là…. Gigi la Girafe et sa petite chanson :

Et toi, comment te sentais tu quand maman t’a demandé de mettre tes chaussures  pour la 3e fois?

Eh oui…. parfois très souvent, obnubilée par le temps qui passe, la montre, le stress, la peur de passer pour une mauvaise maman qui arrive souvent toujours en retard,  tout ce que j’ai à faire… j’en oublie mon petit bout de chou, ce qu’il vit, ce qu’il ressent, qu’il a ses propres besoins, objectifs…. J’oublie tout ce que je sais depuis si longtemps….  J’oublie que les ordres conduisent à la résistance, que ne pas tenir compte de ce que vit l’autre conduit à une distance…. C’est tellement plus court d’essayer de lui faire peur pour qu’il se plie à mes exigences.

Alors parfois je m’imagine que je me prends un bon thé, que je m’installe sur mon fauteuil préféré, que je suis bien, et que je le regarde avec tendresse. Je peux prendre du recul.

Qu’est-ce qu’il se passe pour lui?

Les enfants adorent coopérer. Ils aiment faire plaisir à leurs parents. Mais ils ont besoin de se sentir pris en compte aussi. Ils ont aussi des besoins. Probablement que là, s’il rechigne pour la Nième fois, c’est qu’il y a quelquechose qui ne va pas.

L’écoute émotionnelle et l’empathie, des clés de la relation

Bon ok. On fait quoi là?
[je vous vois déjà venir : ah oui blablabla il faut écouter l’enfant donc on le laisse jouer tranquillement, il ne va pas à l’école et nous pas au boulot. Nanmého n’importe quoi! ]. Je ne dis pas que ça ne pourrait pas être une solution, pour certaines personnes ou de temps en temps. Mais pour moi, c’est au-delà de mes limites : je n’ai pas envie qu’il rate l’école. Je ne compte donc pas lâcher prise sur ce point. Ne pas lâcher prise n’empêche pas d‘écouter les sentiments de l’enfant.

Je pourrais très bien lui parler de mes peurs d’être en retard, etc. Ce qui serait tout à fait juste.

Seulement j’oublie un détail là : il a aussi un problème avec ça apparemment. Puisqu’il fait de la résistance. Mon enfant aurait peut être besoin de se sentir entendu dans ce qu’il vit. Je peux choisir de me mettre à l’écoute de ce qu’il vit, à la fois pour ajuster mes solutions, mais aussi pour que nous soyions bien en lien.

Tu n’as pas envie de te mettre tes chaussures  on dirait….

Dans le livre, il répondrait :

Quand tu m’as interrompu alors que je jouais à inventer une histoire super importante pour moi pour me dire mettre mes chaussures  en me donnant un ordre et en parlant sèchement, je me suis senti pas respecté du tout, et agacé, parce que je n’aime pas qu’on me dise que ce j’ai à faire. Et j’ai eu un peu peur de toi aussi.

Biensûr en vrai mon fils ne parle pas comme ça, et il répondra plus laconiquement. Et j’aurai besoin d’être à l’écoute, de valider ses sentiments avec des mots ou en silence un petit moment avant que nous ayions fait le tour. Mais le principe est le même…. Cela permet à l’enfant de retrouver une place dans la relation, et à l’adulte d’être en empathie avec ce que vit l’enfant. Personnellement, je trouve que cela calme mon agacement, qui est surtout lié aux projections que je peux faire sur les intentions de mon fils vis à vis de moi (il veut me contrarier, il me teste, il ne m’aime pas) ou sur moi même (mon dieu je suis une mauvaise mère, si les autres me voyaient, je suis encore en train de me faire bouffer par un autre…).

On fait quoi maintenant?

Souvent, il m’arrive souvent qu’une fois les sentiments de mon fils écoutés, il coopère bien plus facilement. Son besoin , c’était d’être entendu. Dans ce cas, hop hop hop chaussures et c’est parti.

L’idée qu’on explore souvent ici, c’est de tenir compte des besoins de chacun.
Les siens : manifestement, se sentir respecté et avoir le choix de mettre ses chaussures ou non. Se sentir écouté. Etre sûr qu’il peut jouer à ce qui est important pour lui. Besoin peut être de comprendre le sens de cet empressement.
Les miens : Etre rassurée sur l’horaire, sur le fait que je vais pouvoir utiliser ma journée comme prévu. Etre rassurée que je ne vais pas avoir de problèmes avec l’école.  Etre rassurée qu’il va avoir les pieds au sec et en sécurité pour aller dehors.

J’ai écouté ses besoins. Je peux lui parler des miens, s’il n’est pas trop en crise. Une fois tout cela posé, il est plus facile de trouver une solution, lui même peut en proposer une. Il est possible aussi que je décide d’avancer le réveil de 15 minutes pour qu’il ait plus de temps pour jouer, ou que je le prévienne mieux de ce qu’il va se passer dans la journée. Une fois ses besoins identifiés grâce à l’écoute…. il est beaucoup plus facile de chercher des solutions qui ont plus de chances d’être efficaces.  Est-ce qu’il est possible pour moi de lui faire confiance pour tenir compte de mes besoins à moi aussi? Il est probable qu’une fois qu’il se sera entendu et écouté, il arrive mieux à entendre mes demandes et peurs.

Long tout ça? Inapplicable au quotidien?
Bon ben moi je vous laisse avec la lassitude, l’énervement , le combat quotidien , et je vais me remettre plus à l’écoute pour me faciliter la vie 🙂

PS : marre de combattre au quotidien, envie de retrouver de l’air en tant que maman ? Si tu es motivée et prête à changer, je peux t’accompagner pour remettre de l’huile dans les rouages de ta famille et t’aider à la fois à avoir des outils qui te permettent de mieux percevoir les besoins de tes enfants, poser tes limites avec bienveillance, et voir là où ça coince à ton insu.

C’est bienveillant ou pas bienveillant?

avril-2014- 128

C’est une question qui revient souvent chez les parents qui s’intéressent à la parentalité positive: face à un autre parent qui s’énerve, face à une grand-mère qui n’écoute pas un enfant, face à un enseignant qui a du mal à gérer sa classe et qui utilise ses propres solutions….  Ce n’est pas bienveillant, elle n’est pas dans la bienveillance ! Et surtout, quand on creuse un peu, les parents ont tendance à catégoriser tous leurs propres agissements en « bienveillant » / « pas bienveillant. Et à beaucoup culpabiliser quand ils n’arrivent pas à être bienveillants.

Quand j’étais jeune maman et depuis mon enfance, j’avais pour habitude de classer les choses, les gens, les comportements en « bien » ou « pas bien / mal« . Comment savoir ce qui était bien de ce qui ne l’était pas?

Puis quand j’ai découvert l’éducation non violente, j’ai commencé aussi à faire des catégories « bienveillante » / « pas bienveillante ». Pour moi et pour les autres. Remarquez bien que cela revient en fait strictement au même, puisque ce qui n’est pas bienveillant du coup, c’est maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaallll ! En fait, je me fiais à un jugement extérieur pour guider mon comportement. Est-ce que je suis une bonne mère ou une mauvaise mère, là? Et quand je classais les autres dans l’une ou l’autre catégories, c’était surtout pour me rassurer moi… que j’appartenais bien à la bonne catégorie. Le problème quand je fais cela, c’est que je me regarde moi plutôt que d’être à l’écoute de ce qu’il se passe, d’être à l’écoute de mon enfant. D’ailleurs mon fils me le faisait bien savoir…. Et mon problème était que je n’arrivais pas à être à l’écoute et que mes problèmes ne se résolvaient pas du tout. Les meilleurs outils de la parentalité positive peuvent être complètement inefficace si ils sont utilisés dans l’intention d’être « bienveillant ». Pour pouvoir être efficace pour résoudre des conflits, il y a besoin d’être à l’écoute de l’autre, surtout quand on est face à un enfant. Pas en train de juger son propre comportement. Biensûr, prendre du recul est important, mais pas à coup de jugement.

 

Tout jugement cache toujours une émotion

 

Pour sortir de cette situation, c’est nécessaire de sortir du jugement et d’aller chercher ce qu’il y a derrière. Autrement dit aller voir quelle émotion se cache en nous, derrière le jugement. Le jugement est une défense pour ne pas sentir ce qu’il se passe en nous.  C’est lui qui nous amène à penser « mais qu’est-ce qu’elle est capricieuse cette gamine ! », c’est à dire à faire des interprétations sur l’autre, au lieu de réaliser qu’on se sent impuissant ou démuni…

Alors, plutôt que bienveillant / pas bienveillant, qu’est-ce que je ressens?

Que vit l’autre de son coté?

Je ne peux pas me tromper si j’écoute avec empathie mes besoins, ceux de l’enfant ou de l’autre personne et que je cherche des solutions qui concernent l’avenir. Et on ne peut pas être à l’écoute d’un enfant si on n’est pas à l’écoute de soi… pour être en empathie il est nécessaire de ressentir. Or, être dans le jugement « bienveillant / pas bienveillant » nous sort de notre ressenti pour nous emmener dans notre raisonnement, dans notre tête, loin de nos émotions.

Comment faire en pratique?

Quand je suis confronté à une situation difficile pour moi, je peux me centrer sur mes sensations, sur ma respiration, pour faire un pas de coté. Je peux me mettre à l’écoute de ce que me dit mon corps. Biensûr, mon mental m’emmènera souvent ailleurs, vers un jugement sur ce que fait l’autre, sur ce que je dis ou fais, mais je peux choisir quand c’est le cas de revenir  vers ce que je ressens. Certains choisissent de sortir de la pièce s’ils se sentent trop en colère par exemple, face à un enfant qui tape. Lorsque mon enfant vit quelquechose de difficile, je peux me rappeler que ce dont il a souvent le plus besoin c’est de se sentir entendu, compris, et me mettre à l’écoute avec empathie.

Et la culpabilité?

Souvent quand nous sommes dans le jugement de nous même, nous ressentons beaucoup de culpabilité quand nous n’agissons pas « comme il faut ». Et nous sommes toujours dans ce jugement de nous même…  si j’apprends à  me dire « j’ai fait du mieux que j’ai pu à ce moment là », je pourrai regarder avec beaucoup plus d’acuité ce que j’ai ressenti et ce qui m’a amené à réagir comme je l’ai fait. Et c’est important, car c’est en faisant ce travail que je pourrai apprendre de mes erreurs éventuelles. J’ai besoin de me regarder avec empathie et amour pour apprendre des situations que je vis. La culpabilité, si elle n’est pas dépassée, empêche d’apprendre de ses erreurs car elle nous amène à nous coller des étiquettes : « je suis incapable », « je n’y arrive jamais », « je ne suis pas comme les autres ». Et comme toutes les étiquettes, elles finissent par nous coller tellement à la peau que nous n’arrivons plus à en sortir tellement chaque situation semble confirmer ce que nous pensons de nous mêmes.

Et les autres alors ?

Si l’autre n’est pas bienveillant…. que cache mon jugement sur lui? Eh oui, aussi une émotion !
Souvent, c’est l’enfant en moi qui a vécu une situation semblable et qui ressent de la colère face à cet adulte.  Si l’on a à coeur d’aider les autres à changer, il est très important de travailler sur ce  que nous ressentons en voyant ces autres faire, sur les émotions qui surgissent et nous informent de ce que nous avons pu vivre enfant et qui n’a pas été résolu bien souvent. Ce n’est souvent que quand j’ai pu travailler sur ce que je ressens que je vais pouvoir réellement entendre ce qu’il se passe pour l’autre personne et être en mesure de l’aider si elle le souhaite.

Quoique fasse la personne en face de moi, mon jugement la braquera ou l’enfoncera (selon son caractère), ce qui n’est sans doute pas mon objectif. Si cela peut donner l’impression que cela fait du bien, de lui envoyer ce que nous pensons de lui dans la figure, cela aura souvent pour résultat de rendre la relation peu harmonieuse et agréable et d’ancrer cette personne dans le comportement qu’on n’apprécie pas.

Par exemple, face à un adulte qui laisse pleurer un bébé, je peux aussi entendre qu’elle a peut être des informations erronées sur les pleurs des enfants, ou peut être que ce n’est pas possible pour le moment pour elle ou lui d’être à l’écoute de l’enfant. Comment faire, que dire?

Face à un adulte qui met une fessée, je ressens souvent de la colère. Si j’identifie ma colère, je peux prendre un peu de recul (ça me prend souvent de longues minutes pour ma part, parfois plusieurs jours!) et enfin voir la situation sous un angle différent : ce qui a motivé la fessée, c’est souvent la colère du parent ou son impuissance à régler la situation et prendre soin de ses besoins. Il a souvent eu une réaction automatique. Ce qui peut aider un parent qui est sur le point de mettre une fessée, c’est que quelqu’un l’aide à identifier sa colère, à mettre des mots dessus. Je me souviens d’un papa qui avait raconté à une réunion qu’il avait alors dit à l’enfant : « Waouw ton papa, il a l’air drôlement en colère ! ». Et le papa s’était apaisé. L’écoute aide à réagir moins vivement.

Face à un enseignant qui utilise des méthodes qui ne me conviennent pas et me font craindre pour mon enfant, si j’arrive avec mes gros sabots et mes conseils ou mes informations, il risque d’entendre : « vous êtes incompétent! », ce qui n’est pas de bon augure pour qu’il s’ouvre à d’autres façons de faire. Et d’ailleurs, si mon intention est qu’il change absolument, je risque d’échouer car il le sentira probablement. On dit toujours qu’un bon conseiller commence par se faire embaucher : le secret pour ces situations, c’est l’écoute et le lien, avant tout. Écouter ce que vit l’enseignant et valoriser ce qu’on apprécie de lui. Et c’est certainement plus facile de le faire avant que des problèmes surgissent ! Nous sommes tous prêts à entendre des conseils d’une personne quand nous sommes sures qu’elle ne nous juge pas, nous apprécies à notre juste valeur et ne cherche pas à nous changer mais juste à nous aider. Et quand nous avons pu exprimer la situation vue sous notre regard.

L’empathie, pour et pour l’autre, est une clé incroyable pour résoudre bien des situations et sortir de cette dualité bienveillant / pas bienveillant.

Bonne rentrée à tous !

De la culpabilité à la croissance

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Emma a 3 ans. Sa mère parle de ses nombreux soucis avec elle. Elle fait de grosses colères, elle hurle, elle tempête. Matin, midi et soir. Pour tout et pour rien.  Sa mère semble visiblement à bout. Elle n’en peut plus de cette situation, de cette enfant qui lui donne tant de fil à retordre. Elle ose dire du bout des lèvres qu’elle ne peut pas faire autrement que de hurler, dans ces cas là, de l’enfermer dans sa chambre, de la priver de quelquechose qu’elle aime bien. Je sens qu’elle sonde dans mes yeux comment je vais réagir.
Vais je la ranger dans le camp des mauvaises mères?
Soulagement …. j’ai vécu ça moi aussi, et je compatis surtout avec la difficulté que ça doit représenter au quotidien pour cette maman.

Cette maman a de la chance. Elle a suffisamment d’estime d’elle même pour en parler, et du coup pour trouver de l’aide, de l’écoute et des solutions. Quelques semaines plus tard, son problème s’apaisera et elle trouvera en elle des réponses à ses nombreuses questions.

Son histoire me replonge dans la mienne, quelques années plus tôt. J’ai été une maman qui rencontrais des problèmes. Comme tout le monde. Mais moi j’avais si peu confiance en moi….  comme beaucoup de gens, je n’osais pas en parler. Par peur du regard de l’autre. Quand mon fils faisait une crise en public, je rougissais de honte, je me sentais mal et j’avais envie de filer dans un trou de souris. Du coup j’avais tendance à faire n’importe quoi avec mon fils dans ces cas là, par réaction de malaise.  Je me sentais très mauvaise mère. J’avais beau lire plein de choses, de livres, etc. Dans lesquels il y avait plein de solutions. Mais mon fils ne fonctionnait pas comme dans ces livres.  Et surtout je n’arrivais pas à être toujours calme, à être à l’écoute, et je savais bien quelles étaient les conséquences de ma façon de faire. Je savais que hurler n’arrangeait rien, que punir n’était pas très efficace à long terme. Sauf que de penser à cela me rongeait de culpabilité. A cette époque, en fait, j’essayais d’enfiler le costume de la maman parfaite, car c’est ce qu’on avait toujours attendu de moi.

Déjà petit, les erreurs étaient mal vues, j’étais sans cesse évaluée à l’école, à la maison vis à vis de mes soeurs. Les adultes me disaient ce qui étais bien, ou pas bien. Moi? Je n’en savais rien biensûr, puisqu’ils savaient tant pour moi. J’avais appris que l’adulte a un droit de regard sur moi, sur mes capacités. J’avais appris qu’il ne fallait surtout pas faire d’erreurs, faute de quoi je pourrais devenir – horreur – un cancre. Ou un chomeur longue durée. Ou un SDF. Rien de moins. L’erreur était dévalorisée.  C’était une faute.

Adulte, j’ai eu beaucoup de mal à me défaire de cette façon de penser.  Et à commencer par quand je suis devenue maman.  Je cherchais sans cesse dans le regard de l’autre une approbation, et je culpabilisais énormément quand je m’écartais de la « bonne maman » que je cherchais à être. Et vouloir être un parent bienveillant n’a fait qu’ajouter au début à ma difficulté : le Graal était bien difficile à atteindre. C’était source de souffrance.  Et comme ça me mettait en colère de ne pas y arriver, je hurlais souvent de plus belle.

Problème : en faisant cela, je me regardais moi, je n’étais pas là pour mon enfant. Moi qui cherchais à être à l’écoute, je ne faisais que réagir par peur du regard de l’autre.  Et la peur engendre une impossibilité d’être en empathie avec l’enfant. Du coup, souvent, l’enfant sent très bien qu’il n’est pas écouté, et redouble son comportement pour faire revenir son parent vers lui. Souvent en vain car du coup le parent culpabilise encore plus de ne pas y arriver….

La solution? J’ai mis du temps à la trouver, mais aujourd’hui elle me parait évidente : on ne peut pas être à l’écoute de ses enfants et de leurs besoins tant qu’on n’est pas à l’écoute de soi, et tant qu’on n’accepte pas ses propres erreurs comme source d’apprentissage.

accepter d’en être là où on en est. la première marche de l’apprentissage, c’est de voir qu’on ne sait pas faire. c’est douloureux, frustrant, mais complètement nécessaire.

FV

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Aller plus loin?
Devenir une femme qui ose sa puissance et ses couleurs

Pourquoi avons nous tant de mal à dire non?

Il était une fois une petite fille qui vivait chez ses parents et partageait son temps entre l’école et ses amis.

ImageCette petite fille avait toujours été plutôt sage. Comprenez, on valorisait sans cesse son comportement qui montrait qu’elle était gentille. Elle était calme, elle ne bougeait pas trop. Elle savait rester en retrait avec les adultes. Elle savait qu’elle était aimée quand elle se comportait bien. Comme elle avait très peur de se retrouver seule, elle s’appliquait à se faire aimer. Et dès qu’elle faisait quelquechose qui ne plaisait pas à autrui, on lui faisait bien sentir qu’elle était méchante. Qu’elle n’était pas aimable. Que personne ne l’aimerait ainsi. Que c’était mal. Ca la troublait beaucoup, car elle avait peur. Cette petite fille avait entendu ces mots depuis toujours. Et surtout, elle les entendait à la maison mais aussi à l’école. A l’école, il fallait rester assis de longues heures, se retenir pour faire pipi, se retenir pour parler, ne pas rigoler, et toujours faire ce que le maitre disait. C’était un peu difficile au début. Puis avec le temps cette petite fille oublia ces besoins, les rangea dans une petite case de son corps enfermés à double tour. Cette petite fille n’avait jamais rien connu d’autre que cela, et trouvait ça parfaitement normal.

Quand de temps en temps elle refusait de faire quelquechose, quand elle disait non, on lui faisait sentir qu’elle était une mauvaise fille et qu’elle était indigne de son entourage. Cette petite fille était sans cesse en train de s’ajuster à ce que souhaitait son entourage. C’était d’ailleurs assez fatigant, parce que par exemple son papa et sa maman n’avaient pas exactement les mêmes exigences. Alors, si je fais bien pour papa, pourquoi est-ce que ça n’est pas bien pour maman? D’ailleurs, parfois elle aurait bien eu envie de se mettre en colère, quand c’en était trop. Mais on lui avait montré son visage, dit qu’elle était bien laide ainsi transformée. Elle avait eu peur : qu’est-ce donc que ce monstre qui transforme mon visage et me pousse à crier? Ca ne peut pas être moi. Elle l’avait donc tapi aussi tout au fond de sa tête, avec mout craintes qu’il ressorte, certes, mais comment faire autrement?

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Cette petite fille grandit ainsi, entre ses parents qui l’aimaient et l’école qui lui apprenait des tas de choses. Un jour, elle eut fini l’école, trouva un métier qui lui semblait adapté à ses aspiration et un gentil mari. C’était un peu moins simple une fois adulte parce que les autres ne réagissaient pas toujours comme la maitresse ou maman. Parfois ils avaient des réactions incontrôlables. Surtout, elle se sentait souvent perdue, ne sachant pas quoi faire, n’ayant plus personne pour lui dire ce qu’elle avait à faire. Elle essayait d’être parfaite, mais ça n’était pas assez : il fallait aussi qu’elle sache être actrice de sa vie. Mais il y avait un problème : ça on ne lui avait jamais appris. Et surtout comme elle échouait, elle se sentait très coupable de ne même pas arriver à être ce qui lui semblait un état d’adulte. C’était décourageant car toutes ses tentatives pour être parfaite  et gentille l’amenaient encore plus vers le désespoir.
ImageUn jour la petite fille qui était devenue une femme sentit un petit coup de pied dans son ventre. Un petit bébé se manifestait. La petite fille était ravie. Elle allait pouvoir donner tout son amour à l’enfant qui allait naitre. L’enfant naquit, et ce fut beaucoup de bonheur. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le petit bébé grandit. Le petit bébé touchait à tout. Le petit bébé faisait beaucoup de choses qui dérangeaient sa maman.

Mais sa maman avait un problème : on lui avait toujours appris que dire non, c’était prendre le risque de perdre l’amour de la personne qui reçoit le « non ». Elle était face à un gros dilemme : perdre l’amour de son petit garçon? Impossible. Laisser passer ce qui la dérangeait? Beaucoup plus habituel pour cette petite fille. Cette petite fille laissait donc son enfant faire des choses même si ça n’était pas agréable du tout pour elle et qu’elle devait réparer ensuite. Cette petite fille n’avait jamais appris à dire non, comment aurait elle pu le faire spontanément? Elle aurait pu sentir que son besoin de sécurité n’était pas satisfait lorsque son fils partait en courant sur la route. Elle aurait pu sentir que son besoin de respect pour son travail était en danger lorsque son fils démontait toute sa pile de linge. Mais rappelons nous : à l’école, cette petite fille avait cadenassé ses besoins à double tour pour ne plus qu’ils viennent l’enquiquiner. La clé avait été perdue. Plus d’accès à ses repères intérieurs pour savoir comment protéger ses besoins.
La petite fille essaya donc de faire ce qu’elle avait toujours fait : demander à une figure parentale ce qu’elle devrait faire dans cette situation. Ses parents étaient loin, mais il était facile dans les magazines et à la télé de trouver toute sorte de figure parentale qui vous disaient quoi faire. Elle se pliait aussi aux exigences du médecin qui savait de toute façon mieux qu’elle ce qu’il convenait de faire. C’était rassurant par un certain coté. D’un autre, elle avait de grandes difficultés. Son fils faisait de la résistance. Elle ne se sentait pas vraiment bien avec tout cela. Parfois, elle explosait sans raison. Elle se mettait dans des colères noires, et elle sentait en elle une violence incroyable. Elle en voulait énormément à son fils de la mettre dans des états pareils. A trop laisser ses besoins de coté, un jours ils finissaient pas déborder de la cage où ils étaient enfermés et à sortir avec violence.
ImageEt la suite de l’histoire?

Il y a deux options, à vous de choisir:

1. elle rencontra une amie qui lui dit : Tu es trop laxiste. Il faut te resaisir. Ton fils n’est pas en sécurité sans limites.
La petite fille opina.
Son amie  lui prescrit une liste de choses à interdire. La petite fille s’y essaya. Mais elle se sentait très coupable de ne pas être une mère acceptable. Elle arrivait peu ou prou à suivre les consignes, mais de plus en plus, elle fuyait la relation avec son fils. Ca n’était pas très confortable, cet enfant qui dit non, qui refuse, qui fait des crises. Elle se sentait souvent fatiguée. Elle vit de moins en moins cette amie, sans pour autant comprendre ce qu’il se passait.
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2. elle rencontra une amie qui l’écouta en silence. Son amie ne lui dit rien sur sa façon de faire. Elle sentait bien que son amie faisait différemment, mais elle ne percevait pas exactement pourquoi. Plusieurs fois, elle explosa sur son fils en présence de son amie et lui mit une fessée. Son amie accueillit juste sa colère. Petit à petit, elles en vinrent à échanger sur des choses plus intimes. Sur leurs peurs, leurs émotions. Les années passèrent. Cette amitié grandissait, elle faisait du bien à la petite fille. Elle se sentait aimée quoi qu’il arrive par cette amie. Petit à petit, elle apprit à accepter ses émotions, ses colères. Elle apprit aussi en voyant son amie faire avec sa petite, à identifier ses besoins, à demander, à voir ce qui était acceptable et ce qui ne l’était pas. Son estime d’elle même grandissait de jour en jour à mesure qu’elle se reconnectait à ses ressentis. A tel point qu’un jour la peur de ne plus être aimée par son enfant si elle lui disait « non » disparut d’elle même, sans qu’elle sache bien comment. Cette amie possédait la clé secrète qui ouvre toutes les cages intérieures….

ImageEt qui permit à la petite fille de retrouver le contact avec ses limites et ses besoins. Ce qui lui permit d’entrer en relation avec son fils de façon plus sereine et respectueuse pour lui comme pour elle. Les explosions de colère s’apaisèrent, et furent remplacées par un simple sentiment de colère qui n’engendrait pas de violente réaction, mais juste une affirmation de ses besoins. Elle apprit au passage que désaccord n’équivaut pas à désamour et que son fils l’aimait tout autant, même s’il n’était pas toujours d’accord.

Cette petite fille est toujours en chemin vers elle même….

PS : elle a découvert entre temps le coaching…. un outil oh combien plus efficace pour apprendre à se positionner, incarner sa puissance et prendre pleinement sa place tout en étant bienveillant. Pour en savoir plus, c’est ici

Les parents d’aujourd’hui n’ont plus d’autorité…

On entend souvent cette phrase dans la bouche de nombreuses personnes… J’avoue qu’elle me fait bondir. Comme si c’était aussi simple… comme si il y avait les parents d’avant, les bon (qui en général sont en train de parler), et ceux d’aujourd’hui, les mauvais.

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Qui d’accuser les parents de laxisme lorsqu’il s’agit d’expliquer la violence des jeunes (en dépit du fait qu’on sait aujourd’hui qu’elle est liée à la violence éducative). Qui d’accabler les parents qui laisseraient tout « passer » lorsqu’un bambin se roule par terre dans un magasin. Quel parent n’a pas entendu « il y a des fessées qui se perdent » dans la rue, le square, alors que son enfant avait un comportement qui dérangeait certains. Je me suis longtemps sentie mal à l’aise face à cette injonction d’autorité. Nous n’avions pas seulement été des enfants « gâtés » comparé à nos parents, voici qu’enfin devenus adultes et parents, on nous accusait d’être responsables des maux de la société. Ne serions nous donc jamais des personnes respectables? Mais au fait, c’est quoi l’autorité?

L’autorité et l’obéissance comme seule voie d’éducation?

Lors des siècles passés, le respect de l’autorité et l’obéissance ont toujours été un objectif majeur. Le fonctionnement de la société était autoritaire, ce qui sa traduisait jusque dans la plupart des familles, des établissements d’enseignement et des lieux de travail. Ceux qui avaient le mieux appris à obéir s’en sortaient mieux socialement. Cette obéissance a toutefois eu des conséquences dramatiques lors de la seconde guerre mondiale (Miller, 1985). Habitués à obéir et élevés sous obéissance totale, les criminels de guerre ont amené à l’abattoir des milliers de personne. Les « justes » quant à eux, qui ont sauvé des vies, avaient reçu une éducation empreinte de bienveillance (voir les ouvrages d’Olivier Maurel). L’expérience de Milgram a par ailleurs montré qu’une bonne part des personnes, lorsqu’elles sont soumises à une autorité scientifiques, obéissent à l’injonction de faire mal à quelqu’un.

La psychanalyse, ayant évolué dès ses débuts dans ce type de société très autoritaire, a intégré cette croyance comme un fait acquis dès ses débuts : l’enfant était égoïste et sans limites, il fallait lui enlever ces penchants négatifs. L’autorité parentale sans limites était vue comme une façon de rendre les enfants acceptables pour vivre en société. Déresponsabilisé depuis son plus jeune âge, l’enfant était vu comme un être dominé par ses pulsions que l’adulte devait réprimer. Cette vision se comprend puisque n’ayant jamais la faculté d’exercer sa responsabilité et sa capacité à coopérer, il ne pouvait, pour défendre cette atteinte à son intégrité, que manifester son mécontentement par des comportements portant atteinte à l’autorité.

Dans les années 60, la société a été traversée par un vent démocratique et anti-autoritaire. Les femmes, qui étaient elles aussi soumises à l’autorité, se sont rebellées. L’image des enfants a également changé, et certains ont défendu une éducation démocratique et avec peu de contraintes. Cela a abouti dans les années 80 à la croyance qu’il fallait expliquer, parler à l’enfant, et que celui-ci comprendrait de lui-même et obéirait par la raison à ses parents. Croyance qui a donné lieu au vent de retour de l’autoritarisme actuel. Aujourd’hui on sait grâce aux études sur le cerveau que cette forme de libertarisme ne correspond ni aux besoins ni au développement de l’enfant.

Parallèlement, même si les châtiments corporels ont évolué, ils sont toujours bien présents (85% des enfants d’aujourd’hui en ont reçu). Les parents d’aujourd’hui cherchent souvent à faire autrement, ayant souffert ce ceux-ci dans leur enfance. Mais n’ayant aucun autre modèle, c’est compliqué, et souvent, ils y reviennent lorsqu’ils sont à bout. Ce n’est pas un manque d’autorité, c’est souvent une difficulté à poser ses limites sans utiliser les châtiments corporel ou des méthodes qui ne leur conviennent pas.  Faute de modèle.

L’attachement comme base du développement de l’empathie pour autrui

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De nos jours, les données scientifique, qu’elles soient issues de l’étude du comportement animal, humain ou encore de la neurobiologie, tendent à montrer que cette vision de l’enfant qui doit être réprimé dans son égoïsme est complètement erronée. L’enfant humain est programmé pour développer de grande facultés d’empathie dès la naissance, parce qu’il est extrêmement dépendant des adultes pour sa survie pendant longtemps. Des soins adaptés à ses besoins et à son développement affectif et un attachement sécure à sa personne de référence (mère, père, ou autre adulte) lui permet progressivement de développer une confiance en lui (Bowlby). C’est cette estime de lui même qui lui permet de devenir réellement autonome et de développer un intérêt pour les autre. La parentalité positive s’attache entre autre à développer le potentiel des enfants pour l’empathie et la coopération, au lieu de réprimer une animalité qui n’est que le fruit de l’éducation répressive qu’on reçu la majorité des enfants.

Quand j’étais petite, j’entendais sans cesse « fais ceci, fais cela ». « Tu vas voir, si tu ne fais pas ce que je te dis, ce qui va t’arriver! ». « mange ta soupe sinon tu n’auras pas de dessert! ». »Je compte jusqu’à trois, tu obéis sinon tu auras une fessée », mais encore « tu te tais sinon tu auras 3h de colle »… Maintenant imaginons que nous soyions adultes et que nous entendions sans cesse ces phrases au travail. Quelle image de nous même pourrions nous développer? Quelle colère développerions nous à l’égard de celui qui est notre responsable ! Son message implicite en l’essence est : « je ne fais aucune confiance en ta capacité à m’aider, c’est pourquoi je suis obligé de te forcer à le faire en te menaçant ». Bien, cher patron, si tu n’as aucune confiance en moi, eh bien je vais te prouver que tu as raison et je ne vais surtout pas t’aider ! Et surtout je n’agirai comme tu le veux que par peur de la sanction, jamais parce que j’ai envie de t’aider ! Enfant, j’ai surtout développé des tas de croyances sur moi, comme quoi je n’étais pas fiable, que j’étais indigne de confiance, que je ne savais pas prendre de responsabilités. Choses qui m’ont poursuivies bien longtemps et qui ne m’ont pas du tout aidée à avoir un comportement responsable, puisque quelqu’un s’était toujours chargé pour moi de prendre la responsabilité. Je n’avais qu’à obéir !

Les limites de qui?

Posons nous la question : nous souhaitons faire coopérer nos enfants, mais pour quelle raison souhaitons nous qu’ils le fassent? Par peur de la sanction? Ou bien parce qu’ils en voient le sens profond? Et si, au lieu de chercher à fixer les limites de nos enfants, nous réfléchissions sur les nôtres? Quand je cherche à faire coopérer mon enfant, je cherche avant tout à satisfaire un besoin qui m’appartient. Mes limites, c’est le contour des situations dans lesquelles mes besoins sont respectés. J’ai besoin d’indiquer aux autres quels comportements me permettent de me respecter et quels comportement sont insupportables pour moi. Elles me sont personnelles. Poser « des limites » à ses enfants n’a aucun sens car les limites ne sont pas celle de l’enfant mais celles de la personne qu’il a en face de lui. En me fixant plus sur ce dont j’ai besoin, et non sur des solutions toutes faites, on arrive souvent à des solutions créatives que nos enfants peuvent nous aider à trouver, participant au respect des besoins de tous.

On sait aujourd’hui que l’enfant apprend beaucoup par imitation et par expérimentation. Aussi, c’est dans la relation parent-enfant qu’il puisera un exemple pour toutes ses relations futures. Dans une société qui base de moins en moins son fonctionnement sur l’obéissance et la règle et de plus en plus sur la responsabilité personnelle et le souci d’autrui, les enfants ont besoin de développer leur intelligence émotionnelle leur permettant à la fois de respecter leurs propres besoins, tout en étant à l’écoute de ceux des autres. C’est cette confiance en leur capacité progressive à être responsable et coopérant qui leur permettra d’acquérir la confiance en soi nécessaire à la vie en société.

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Comment faire en pratique?

Souvent, les croyances sur les enfant débute dès leur plus jeune âge. En effet, la société porte à croire que les bambins et bébés devraient être capable d’agir comme des adultes. Qu’ils devraient être capables de rester sages, sans bouger pendant des heures, qu’ils devraient contenir leurs émotions. Nous savons aujourd’hui qu’ils n’en ont pas la capacité, parce que leur cerveau n’est pas encore mature pour cela et parce qu’ils ont besoin pour grandir de bouger, d’expérimenter, d’exprimer leurs émotions. L’image que nous en avons vient souvent d’enfants qui se tiennent à carreau, soumis par la peur. Le problème est que le regard que que porte un parent sur son enfant influence grandement le comportement de celui-ci. Si un parent a des attentes démesurées, l’enfant ne peut y répondre. Le parent porte alors souvent un regard négatif sur l’enfant (il est turbulent, il est capricieux…), étiquette que l’enfant intègrera alors comme sa personnalité et à laquelle il obéira.

Avant 4 ans, un enfant est peu capable d’imaginer ce que la personne en face de lui ressent. Cet âge correspond avant tout au développement du « je », de la compréhension qu’il est une personne unique. Il a besoin d’apprendre progressivement à connaitre ses émotions, à les nommer et à les utiliser pour protéger son intégrité.
C’est sur cette base que ses neurones-miroirs feront le reste par la suite : ce qu’il connait de lui, il peut le reconnaitre chez d’autres et éprouver de l’empathie. Il peut donc aider les autres à satisfaire leurs besoins et coopérer afin que tout le monde se sente bien. Il a besoin, surtout petit, que ses parents lui expliquent leurs besoins afin de donner du sens à leurs demandes. Il a besoin aussi de grandir sans jugement sur sa personnalité, afin de protéger son estime de lui même, qui est si importante pour pouvoir éprouver de l’empathie pour autrui.

Je peux aussi toujours me rappeler que lorsque mon enfant ne coopère pas, il ne le fait jamais contre moi mais pour lui. Il dit oui à un besoin important pour lui, que je n’ai pas identifié. Regarder le problème ensemble et voir comment on peut le résoudre ensemble en tenant compte des besoins de tout le monde ouvre des perspectives souvent insoupçonnées.

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Alors, manque d’autorité des parents d’aujourd’hui? Ou plutôt une volonté très louable de respecter leur enfant et un besoin d’outils pour y parvenir tout en se respectant soi ?

La bonne nouvelle c’est que de nos jours ces outils existent et sont disponible, et de nombreux parents les ont déjà expérimentés. Au delà des livres, je sais que la plupart d’entre vous ont besoin d’être soutenus et entourés dans votre démarche que votre entourage ne comprend pas toujours très bien.

  • Si vous souhaitez être soutenue dans une démarche d’être bienveillante avec vos enfants tout en apprenant à vous positionner, vous affirmer, à oser créer votre vie sur mesure:

(attention il y a 3 questions d’entrée obligatoires)

  • Vous avez besoin d’un accompagnement personnalisé pour aller plus loin et prendre pleinement votre place de femme, de mère, de professionnelle…

Flore Viard

Pour aller plus loin….

Bowlby John, 1978. Attachement et perte : L’attachement, vol. 1, Paris, Presses universitaires de France. Théorie de l’attachement présentée en conférence par Nicole Guédeney, psychiatre française (vidéo) : http://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o
Dumonteil-Kremer Catherine, 2004. Poser des limites à son enfant et le respecter. Ed. Jouvence.
Faber Adele & Mazlish Elaine, 2002. Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », Editions relations plus , Canada.
Faber Adele & Mazlish Elaine, 2001. Parents épanouis, enfants épanouis, Cultivez le bonheur dans votre famille, Québec, Editions Relations plus.
Goleman Daniel, 1997. L’intelligence émotionnelle. Paris : Éditions Robert Laffont.
Gordon Thomas, 1980, Parents efficaces, Paris, Marabout
Juul Jesper, 2012. Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Chronique sociale.
Maurel Olivier, 2009. Oui la nature humaine est bonne !, Ed. Robert Laffont.
Maurel Olivier, 2004. La Fessée: questions sur la violence éducative, Ed. La Plage, préface par Alice Miller
Miller Alice, 1985. C’est pour ton bien, Ed. Aubier.
Miller Alice, 1986.L’enfant sous terreur, Ed. Aubier.
Les site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : http://www.oveo.org/